Lecteur au rapport!

Story Physics par Larry Brooks

StoryPhysics

Une autre semaine, sept autres petits chapitres lus dans Story Physics. Ma vitesse de croisière peu élevée tient du fait que je concentre mon temps de lecture sur les oeuvres de fiction, surtout des romans ces temps-ci. J’ai déjà passé une somme de temps considérable sur l’assimilation de théorie l’an passé, j’ai envie cette année de prendre les choses à la légère. Après tout, après m’être frotté aux écrits de tant de praticiens, j’en suis venu à la conclusion qu’en fin de compte, ce ne sont là que des opinions. La base, je l’ai acquise depuis longtemps. Tout ce que je lis maintenant sur le sujet, c’est pour l’agrément et rien d’autre.

Azazel par Boris Akounine

AzazelJe parlais de mettre l’accent sur la lecture de romans? Voilà! Non seulement j’ai terminé Le dernier amour du président d’Andreï Kourkov au cours de la semaine dernière, mais en plus j’ai trouvé le temps de  lire au complet Igor Grabonstine et le Shining de Mathieu Handfield, une suggestion d’Amélie. Que de succulentes lectures: cinq étoiles sur cinq pour les deux! Il va d’ailleurs falloir que j’écrive une critique en bonne et due forme pour le roman de Handfield. En attendant, j’ai attaqué Azazel, le premier volet de la série Éraste Fandorine de Boris Akounine. De la bonne vieille énigme policière comme je les aime!

 

Lecteur au rapport!

Le dernier amour du président par Andreï Kourkov

DernierAmourPresidentLa dernière semaine a été plutôt rude autant sur le plan professionnel que personnel alors je n’ai pas beaucoup progressé dans mes lectures, si ce n’est d’un blitz dans l’après-midi d’hier pour terminer Story Engineering. Je demeure cependant fier d’une chose: j’ai tenu mon engagement en ce qui concerne ma lecture de romans. En effet, je n’en ai qu’un seul en chantier présentement, Le dernier amour du président. Il est assez costaud, mais il compense amplement en qualité. On dirait bien qu’Andreï Kourkov est en train de devenir l’un de mes auteurs préférés.

Story Physics par Larry Brooks

StoryPhysicsJ’ai bien aimé le précédent ouvrage de l’auteur, Story Engineering, mais je trouvais que Brooks avait tendance à se répéter. En retirant toutes les répétitions et les analogies de sport, on aurait pu certainement s’épargner une centaine de pages. Alors que je commence Story Physics, j’ai nécessairement un soupçon qui me vient en tête: ce livre se révèlera-t-il une répétition de 250 pages du précédent? Peu importe, le propos de Brooks est toujours fort pertinent; je m’attends ici au même niveau de réflexion sur l’art de l’élaboration d’oeuvres de fiction.

Lecteur au rapport!

« Lecteur au rapport? Que c’est que c’est que ça? » vous entends-je vociférer, mes hypothétiques lecteurs. Pour les six d’entre vous qui n’êtes pas ici pour la première fois, c’est ce que vous connaissiez sous le nom du Statut de la pile. J’ai décidé d’en changer le nom après m’être rendu compte que, pour beaucoup de blogueurs qui font la même chose que moi, la « pile », c’est ce que moi j’appelle la « réserve », c’est-à-dire le tas de livres en attente d’être lus. Alors voilà, je rentre dans le rang!

The Writer’s Journey: Mythic Structure for Writers par Christopher Vogler

writersjourneyÇa s’améliore sur le front Vogler! Après une longue série de chapitres sur les archétypes narratifs calqués sur la théorie de Jung, l’auteur a maintenant pénétré le coeur de son propos avec l’application du monomythe de Joseph Campbell à la construction d’une structure narrative. Bon, c’est encore un peu brouillon comme approche et les exemples puisés des Westerns sont étrangement nombreux, mais au moins on est dans du concret!

1Q84, livre 1: Avril – Juin par Haruki Murakami

1Q84v1Je ne parviens toujours pas à m’expliquer pourquoi un livre dont la narration est si lente et dense parvient toujours à m’envoûter dès que j’en ai lu une page ou deux. Il doit y avoir quelque chose dans le style des auteurs japonais, plus spécifiquement dans la façon qu’ils amènent et développent leurs idées, qui fait en sorte que commencer un chapitre donne l’impression de se glisser dans un bon bain chaud et parfumé.

Le pingouin par Andreï Kourkov

LePingouinJ’ai lu trois pages jusqu’à présent.

All About History, numéro 20

AllAboutHistory020Une nouvelle revue! En rubrique dans ce numéro: des Anglais qui se tapent dessus, Houdini qui démasque des charlatans, des Cubains qui ont des missiles, des Romains qui persécutent des Chrétiens, Malcolm X qui combat les injustices sociales, des Templiers qui se battent en Terre sainte et un zeppelin qui s’écrase. Du divertissement (et de l’instruction) pour tous les goûts!

Statut de la pile

Le dernier Lapon par Olivier Truc

LeDernierLaponLa lecture se poursuit, potoum-potoum. Olivier Truc me tient toujours en haleine, ce qui est normal puisque je ne suis qu’au tiers du livre. Tout est encore mystère, tout reste à être expliqué. Cependant, une certaine appréhension commence à s’installer; malgré le décor exotique du roman, je sens qu’il s’agit encore des même ressorts que j’ai vu des douzaines de fois dans d’autre polars. L’action a beau se dérouler au coeur de la toundra norvégienne, j’ai peine à discerner ce qui fait la spécificité de ce roman. Paris, Londres ou New York, les éléments de l’histoire sont facilement interchangeables. Mais je garde espoir!

The Writer’s Journey: Mythic Structure for Writers par Christopher Vogler

writersjourneyLa grande déception de cette semaine. Après un départ fulgurant, Christopher Vogler trébuche une fois les premiers chapitres passés, se prenant les pieds dans les ornières trop profondes du monomythe de Joseph Campbell. Autant sa pensée semblait pragmatique et facilement applicable au début, autant maintenant elle sonne convenue et empêtrée dans un fatras psychanalytique. Quand il n’énonce pas une notion convenue comme une nouvelle vérité, Vogler se perd en association d’idées sur fond de psycho-pop.

1Q84, livre 1: Avril – Juin par Haruki Murakami

1Q84v1Je voyais ce livre partout et je veux vraiment dire partout: librairies, boutiques de revues, pharmacies, épiceries – toujours la même édition avec cette couverture énigmatique. J’avais aussi déjà croisé le nom de l’auteur dans un article très intéressant sur le réalisme magique dans les romans. Déjà que j’affectionne particulièrement les auteurs japonais, ma curiosité a finalement pris le dessus à Noël. Je n’ai lu que deux chapitres jusqu’à présent et j’aime bien. Certes, c’est difficile de déceler le style d’un auteur japonais au travers d’une traduction française, mais je remarque que Murakami a tendance à prendre son temps pour décrire des gestes et des endroits pourtant simples. Or, malgré ce nombre objectivement plus élevé de mots, ça reste toujours intéressante grâce au choix des mots (peut-être dû à la traduction) et des éléments sur lesquels la description s’attarde (certainement dû à l’auteur).

Critique: Save the Cat!

À laisser dans l’arbre

SaveTheCatSave the Cat!: The Last Book on Screenwriting You’ll Ever Need
par Blake Snyder
Publié par Michael Wiese Productions en 2005
195 pages
ISBN: 1932907009

Du temps que j’étais éditeur auprès d’auteurs de comics books américains, beaucoup d’entre eux ne juraient que par le livre de Blake Snyder, Save the Cat! Même après avoir quitté ce monde , j’ai continué à voir ce livre mentionné partout sur Internet, surtout par des auteurs de romans. Je trouvais ça plutôt surprenant puisque c’est avant tout un ouvrage de scénarisation pour le cinéma, ce qui ne l’empêche pas d’être tout de même coté dans les quatre étoiles sur cinq un peu partout. En effet, l’auteur s’est bâti un véritable empire sur les mérites de sa technique, empire qui compte de nombreux sujets à en croire les louanges qui résonnent d’un bout à l’autre de la Toile.

À la demande générale (de personne), j’ai fini par céder et à lire ce fameux bouquin. J’en ressors… amer.

Allez, je m’explique.

Save the Cat! vise à vous outiller pour écrire un scénario de film qu’il vous sera facile de vendre à un studio d’Hollywood. C’est là toute l’ampleur de son ambition. N’y entendez aucune critique négative, car l’auteur atteint facilement cet objectif, sans doute au grand bonheur des lecteurs qui ont lu le livre en pleine connaissance de cause.

Or, j’ai l’impression que beaucoup d’auteurs qui ne jurent que par ce bouquin n’ont pas compris sa vocation, d’où mon amertume.

À leur défense, l’auteur présente sa méthode comme un ensemble de lois universelles sur l’art de construire des récits. Or, ses théories ne s’appliquent qu’à un éventail étroit d’oeuvres de fiction, à savoir les comédies grand public et les films d’action américains. Hors de ce créneau, la philosophie Save the Cat! n’offre plus aucune traction.

L’auteur présente sa méthode comme un ensemble de lois universelles.

Exemple par excellence (et celui qui a inspiré le titre du livre): dès ses premiers moments à l’écran, le héros doit poser un geste qui nous le rend sympathique et nous porte à souhaiter sa « victoire » finale. En d’autres mots, il doit sauver un chat. S’il s’agit de Ben Stiller dans le rôle d’un gardien de zoo empoté qui doit jouer les entremetteurs entre deux pandas frigides, d’accord. Mais aussitôt que l’histoire sort des sentiers tant de fois battus par Snyder, il importe peu que le personnage soit aimable; il faut qu’il soit complet. Un personnage complet…

  • Est animé par des qualités souvent contradictoires,
  • Est motivé par un objectif qui nous touche sur le plan émotionnel, et
  • Évolue de façon dramatiquement complexe, en mieux ou en pire,

et ce, peu importe qu’on l’aime ou non. Si le cinéma américain populaire comporte tant de protagonistes aimables, c’est parce qu’il table sur les pulsions d’identification simplistes du plus grand nombre pour assurer un retour sur investissement optimal. Or, ce n’est pas le cas pour toutes les oeuvres de fiction, ni même pour tous les genres du cinéma.

Autre exemple: Snyder prescrit une période au milieu du récit qu’il appelle « Fun and Games ». Pendant celle-ci, on peut laisser tomber tout ce qui est enjeux dramatiques pour se laisser aller aux scènes « cool » du film, sans préoccupation pour la structure narrative et encore moins pour le développement du thème. Toujours selon Snyder, c’est l’endroit d’où seront extraits la plupart des clips pour la bande-annonce. Dans la même lignée, il expose également la notion de « B Story ». Cet élément a, pour sa part, comme objectif de nous offrir un répit de l’intrigue principale et d’aider cette dernière à articuler le thème. Au contraire, dans une histoire bien ficelée, il me semble que toutes les parties contribuent au projet narratif; il n’y a pas de portion superflue ou de portion d’appoint. On coupe ce qui ne sert pas et on renforce ce qui est faible.

Dernier exemple: « A Limp and an Eyepatch ». Ce truc consiste à donner à chaque personnage un signe superficiel distinctif afin qu’ils se démarquent les uns des autres. Normalement, tout personnage devrait se distinguer par la fonction qu’il occupe dans le récit, mais Snyder craint que son comité de lecture s’endorme. C’est pourquoi chaque personnage arbore un nez de clown d’une couleur différente, lui conférant ainsi une différence artificielle. Tant pis si le personnage n’est rien d’autre que Meneuse de Claque Chiante #76528 ou Ancien Policier Alcoolique #6482b s’il a un accent belge!

Le but de l’ouvrage est de réaliser un produit vendable.

Comme vous pouvez le constater, en adhérant aveuglément aux stratégies de Save the Cat!, on court le risque d’entraver sa propre créativité, puisque le but avoué de l’ouvrage est avant tout de réaliser un produit vendable plutôt que de créer une oeuvre artistique significative et durable.

Soit, si l’on consulte ce livre pour les bonnes raisons, il est excellent. Mais les jeunes auteurs qui croiraient y trouver les grandes vérités de la création littéraire risquent d’y recueillir de bien mauvaises habitudes dont ils auront peine à se débarrasser.

Si vous tenez à consulter des ouvrages de scénarisation, je vous en suggère de bien meilleurs:

  • Robert McKee – Story: Substance, Structure, Style and the Principles of Screenwriting
  • John Truby – The Anatomy of Story: 22 Steps to Becoming a Master Storyteller

Contrairement à l’auteur de Save the Cat!, McKee et Truby ont réellement maîtrisé les éléments universels régissant l’acte de conter et vous les enseignent dans un langage clair, exempt d’anecdotes tape-à-l’oeil et de clins d’oeil racoleurs.

Jusqu’à la prochaine fois, je vous souhaite une excellente lecture et, par pitié, laissez les chats dans les arbres. Ils ne connaissent rien à l’écriture de toute façon.