100 mots sur… Chew, volume 9: Chicken Tenders

Chew09ChickenTendersChicken Tenders poursuit la tradition de l’humour absurde et des retournements outrageusement dramatiques poussés au comique – et c’est là le problème: c’est maintenant une tradition. Excepté l’intrigue qui fait son chemin, John Layman et Rob Guillory font du sur-place, remâchant les mêmes gags à répétition qui avaient fait la fraîcheur des premiers volumes. Chew est un cas d’exception dans le monde du comic book américain – une série indépendante qui dure – mais il faudrait commencer à penser soit à renouveler les mécanismes, soit à conclure avant d’atteindre le fond du baril.

Les dix derniers mots: Vous connaissez déjà la citation: « Soit on meurt en héros… »

Lecteur au rapport!

Pélagie et le bouledogue blanc
par Boris Akounine

PelagieBouledogueBlancJusqu’à sa moitié, ce roman semblait une énigme policière tout ce qu’il y a de plus typique et j’aime les énigmes policières typiques. Donnez-moi du Miss Marple n’importe quand plutôt que du thriller à l’américaine. Or, la protagoniste Soeur Pélagie parvient à démasquer le meurtrier juste avant le point central, ce qui redirige l’intrigue sur une vague conspiration politico-religieuse. Qu’à cela ne tienne, c’est toujours aussi bien écrit, mais ce soudain changement de cap narratif est quelque peu déstabilisant quand on s’attend à égrener les indices comme un chapelet jusqu’au bout du livre.

ADDENDUM: Tout de suite après avoir publié ce billet, j’ai continué de lire le roman et BOOM! un nouveau meurtre.

Everyday Life in Traditional Japan
par Charles J. Dunn

EverydayLifeTradJapanMalgré sa date de première publication (1973) qui laisse soupçonner quelques inexactitudes dues aux découvertes plus récentes, Everyday Life in Traditional Japan est un ouvrage historique qu’on peine à blâmer tant la lecture en est agréable. Sans aucun jargon ni préoccupations statistiques, Dunn nous livre son histoire du Japon à l’ère des Tokugawa de façon simple, claire et modeste. Il s’agit véritablement d’un livre d’histoire, dans le sens premier du terme. À conseiller pour ceux qui ont en horreur les tableaux de données, les graphiques et les cartes à légendes.

100 mots sur… La baronne meurt à cinq heures

BaronneMeurtCinqHeuresIl y a l’acte et il y a la façon dont il est accompli. Même si l’intrigue policière de Frédéric Lenormand manque de rigueur par moments, on lui pardonne facilement. En effet, on en vient rapidement à considérer la résolution de l’énigme comme une donnée secondaire tant on prend plaisir à seulement lire le texte. Non seulement l’auteur démontre un style personnel vivace et impertinent, mais en plus chaque personnage se révèle une oeuvre d’art accomplie qui nous divertit dans ses actions les plus simples. Voltaire aurait sans doute approuvé.

Les dix derniers mots:  Un triomphe sans déception de la forme sur le fond.

100 mots sur… Le village aux Huit Tombes

VillageHuitTombesBien qu’il se définit comme un roman policier, Le village aux Huit Tombes présente nombre d’éléments qui l’apparentent plus au conte gothique. Un village isolé, une malédiction ancestrale, un trésor caché, une famille inquiétante, un moine fantôme – tout concourt à une ambiance plus proche d’un Poe que d’un Simenon. Et pourtant, énigme policière il y a alors que les victimes s’accumulent et qu’il devient de plus en plus pressant pour le protagoniste de démasquer le meurtrier avant que les villageois apeurés ne décident de se faire justice à ses dépens.

Les dix derniers mots: Un roman parfait pour les nostalgiques de la maison Usher.

100 mots sur… Wonderbook

Wonderbook_Case_r2.inddSi quelqu’un voulait un jour convaincre le monde en général que les écrivains sont des « artistes » dans le sens le plus péjoratif du terme – brouillons, prétentieux et hermétiques – il leur montrera ce livre. Sautant constamment du coq à l’âne, interrompant son propos pour l’entrecouper d’illustrations et de témoignages, échafaudant des théories alambiquées qui n’ont d’application et de fondement que dans les romans de l’auteur, criblant son travail de citations comme un collégien paresseux en manque d’idées, Wonderbook est une tornade impossible à saisir et qui ne laisse rien derrière elle.

Les dix derniers mots: Un beau livre inutile, comme une voile en or massif.

Lecteur au rapport!

Histoire du tonnelier tombé amoureux
par Ihara Saikaku

HistoireTonnelierTombeAmoureuxCette semaine, on change de registre complètement: on passe de la comédie policière au conte classique japonais… et ça exige une certaine adaptation. Le livre contient deux contes et je viens d’en finir le premier. Je… je ne suis pas sûr de ce que j’ai lu. C’est comme si j’avais lu cinq chapitres tirés de cinq livres différents et raboutés l’un à la suite de l’autre. Bon, une chose est certaine: il n’est jamais mauvais de goûter à l’inconnu en littérature. On verra bien quelles leçons je vais tirer de cette expérience…

Morphologie du conte
par Vladimir Propp

MorphologieConteDe la même façon que, côté fiction, je suis passé de l’intrigue policière au conte, côté théorie, je passe des jeux vidéo au formalisme russe. Depuis longtemps, je voulais lire ce texte fondamental de la pensée de Propp parce que ça rejoint la méthode qui m’a été inculquée jadis par mon directeur de bacc quand j’étais étudiant en théâtre. Monsieur Thenon se désespérait devant la tendance fâcheuse qu’avaient les étudiants – et les professeurs! – en lettres d’aborder leur sujet de façon, à ses yeux, trop intuitive. Selon lui, cette négligence minait la crédibilité de leur champ de recherche et invalidait ainsi tout résultat obtenu. Je l’entends encore dire: « Je ne comprends pas qu’à l’université il y ait encore des étudiants qui ne savent pas ce qu’est un protocole de recherche. » Comme Propp, il prônait que, pour mieux servir l’art, il fallait le traiter avec le même respect que l’on accorde aux sujets plus matériels comme le classement des plantes et la chute des corps. Ce n’est qu’au prix de cette rigueur qu’on peut enfin affirmer de véritables constats en littérature.

100 mots sur… L’énigme des Blancs-Manteaux

EnigmeBlancsManteauxContexte intéressant, idée originale, enjeux captivants… mais quelle corvée que de lire ce roman jusqu’au bout! Que s’est-il passé? Jean-François Parot passe constamment par Singapour pour aller de Québec à Montréal; son roman est farci de détours inutiles qui ankylosent son récit et finissent par exaspérer son lecteur. Quand ce n’est pas le protagoniste qui se réserve quelques bons paragraphes pour gloser sur son cheminement personnel et remettre en question sa vision du monde, c’est l’auteur qui déverse sur nous les fruits de ses indéniables et abondantes recherches historiques. Assommant!

Les dix derniers mots: Parot serait bien embêté de se limiter à cent mots.

100 mots sur… Now Write! Mysteries

NowWriteMysteriesNow Write! Mysteries est un recueil de textes courts par divers auteurs de littérature policière et portant sur divers aspects de l’écriture de récits dans ce genre. En soi, c’est une idée très louable. Cependant, ce que les éditeurs de ce collectif semblent avoir oublié, c’est que ce n’est pas parce que quelqu’un a remporté un certain succès à écrire des oeuvres de fiction qu’il est nécessairement apte à parler de son processus. Un minimum d’élagage nous aurait épargné tout un ramassis de lieux communs et de promotion personnelle éhontée.

Les dix derniers mots: Tumblr offre de l’information plus pertinente et de meilleure qualité.

La réalité des personnages

Un personnage n’est pas plus un être humain que la Vénus de Milo est une vraie femme. Un personnage est une oeuvre d’art, une métaphore pour la nature humaine. Nous entrons en relation avec les personnages comme s’ils étaient réels, mais ils sont supérieurs à la réalité. Leurs aspects sont conçus pour être clairs et connaissables, tandis que nos confrères humains sont difficiles à comprendre, sinon énigmatiques.

Robert McKee
Story: Substance, Structure, Style, and
the Principles of Screenwriting

La traduction est de moi.

100 mots sur… Un café maison

UnCafeMaisonJe reproche à beaucoup d’auteurs de romans policiers de tricher en faisant reposer la clé de l’énigme sur un fait méconnu mais trivial (« Or cette plante ne pousse que dans le Laos méridional! »). S’il suffisait d’ouvrir une encyclopédie pour résoudre l’affaire, la solution serait à la portée du premier venu, nul besoin d’un Hercule Poirot! Que nenni avec Un café maison dont le mystère relève d’un problème de logique, juste assez complexe pour durer jusqu’à la fin, juste assez simple pour vous détester de ne pas l’avoir résolu par vous-même.

Les dix derniers mots: Le meilleur compliment pour une énigme? « Il fallait y penser! »