Lecteur au rapport!

Yeruldelgger
par Ian Manook

YeruldelggerVous commencez à me connaître: je suis un grand consommateur de romans policiers étrangers, ou du moins de romans policiers dont l’intrigue se passe dans un environnement différent de la classique grande ville américaine, fût-ce dans un pays dont la culture nous est peu connue ou à une époque dont les moeurs nous étonnent.

Écrit par un Français mais se déroulant en Mongolie, Yeruldelgger nous transporte dans une contrée qui, somme toute, nous semble plutôt familière. Je soupçonne que cette étrange familiarité soit due au fait que l’auteur, n’étant pas lui-même de ce coin du globe, a trop forcé la note. En voulant nous faire ressentir l’étrangeté de son décor, il a parsemé son récit de miettes de « particularités culturelles ». Celles-ci ne détonneraient pas tant si elles n’étaient pas juxtaposées à des dialogues, des personnages et des situations convenues, extraites à même le corpus classique du thriller américain. Jusqu’à maintenant, la Mongolie de Manook m’apparaît plus comme une toile de fond devant laquelle paradent des personnages qui rivalisent de minceur avec ce canevas grossièrement peint.

J’espère que j’aurai changé d’opinion d’ici la fin de la lecture de ce pavé de plus de 600 pages.

En fait, si je me souviens bien, j’ai eu le même reproche pour Qumran d’Éliette Abécassis et Dans le quartier des agités de Jacques Côté: une intrigue ankylosée qui peine à avancer tant elle croule sous le poids de l’information circonstancielle. Que les auteurs fassent des recherches, soit. C’est même très louable. Mais de là à intégrer au roman tous les faits qu’ils ont trouvés fascinants, qu’ils se partent un blogue; ils pourront y épancher tous les fruits de leurs lectures et ainsi préserver la sveltesse de leur intrigue.

(Et si vous voulez savoir, conformément à mon principe « la vie est trop courte pour la gaspiller à lire de mauvais livres », je n’ai terminé ni Qumran ni Dans le quartier des agités.)

À bien y penser, je n’ai eu ce problème qu’avec les auteurs occidentaux. Je ne crois pas que cette difficulté soit leur apanage – je n’ai pas la prétention de croire mon horizon littéraire si vaste pour me prononcer de façon définitive sur la question – mais je ne suis pas encore tombé sur un auteur japonais ou indien qui insiste à ce point sur les particularités des gens d’en face. D’ailleurs, je serais amusé de nous voir scrutés du même oeil de touriste que promènent nos auteurs sur le reste du monde. Si vous avez des suggestions de lecture à me faire qui contiennent des exemples de ce cru, n’hésitez pas à m’en faire part. Ma curiosité sur le sujet placerait ces livres en tête de ma liste de lecture!

Forensics: A Guide for Writers
par D.P. Lyle

ForensicsJe n’ai commencé ce livre qu’hier soir. Je ne puis rien vous dire de plus à part que la préface était bien écrite.

Ne me regardez pas comme ça. J’ai quand même compensé à l’aide de plusieurs paragraphes supplémentaires sur le premier livre!

Lecteur au rapport!

Le château du lac Tchou-An
par Frédéric Lenormand

ChateauLacTchouAnEncore du Lenormand? Eh oui! Je n’y peux rien s’il est si agréable à lire. Cette-foi-ci, par contre, je délaisse sa série Voltaire mène l’enquête pour commencer celle plus connue des Nouvelles enquêtes du juge Ti. Je vous entends déjà: « Les nouvelles enquêtes? » Oui, car Lenormand a repris le personnage de Robert Van Gulik, auteur néerlandais de plusieurs des « anciennes » enquêtes, elles-mêmes inspirées par la traduction qu’il avait faite d’un roman chinois du XVIIIe siècle, Di Gong An (« Célèbres affaires du juge Ti »). Et vous voulez rire? Ça ne s’arrête pas là: le roman chinois est lui-même basé sur le personnage historique véritable de Ti Jen-tsié, magistrat et homme politique qui a vécu au VIIe siècle à la cour impériale des Tang et des Zhou. Maintenant, est-ce que le roman de Lenormand est bon? Oui.

Police Procedure and Investigation: A Guide for Writers
par Lee Lofland

PoliceProcedureInvestigationIl y a si longtemps que ce livre traîne sur une tablette et que je me dis que je devrais le commencer. Le problème, c’est que je reportais toujours cette lecture: « je devrais d’abord terminer mes ouvrages de narratologie » ou « il faudrait vraiment que je lise ces livres sur le Japon que je viens d’acheter avant ». Le temps des excuse est fini; l’un des doyens de ma pile à lire est sur le point de passer dans la colonne « LU ».

Lecteur au rapport!

Japanese Architecture: An Exploration of Elements & Forms
par Mira Locher

JapaneseArchitectureM’en voudrez-vous de n’avoir toujours pas fini ce livre? Certes, les pages sont peu nombreuses, contrairement aux photos qui, elles, le sont. Cependant, j’aime prendre mon temps en ne lisant qu’un seul chapitre par jour, histoire de bien absorber la masse de détails fournis par l’auteur. Je ne me serais jamais cru capable de me passionner autant pour les techniques de fabrication des panneaux coulissants ou les principes régissant l’entrecroisement des poutres. Faut croire que j’ai raté une vocation…

La saga des brouillards
par Patrick Pécherot

SagaBrouillardsJ’avais acheté ce roman parce qu’il m’apparaissait comme un pendant français du Raymond Chandler que j’avais déjà dans mon panier. Côté ton, ça s’en approche passablement, ce qui m’agrée fort bien. Par contre, ce livre commet le péché capital de toute histoire se déroulant à une autre époque, celui de faire côtoyer au héros des personnages historiques. La grande majorité des gens peuvent passer toute leur vie sans rencontrer quiconque dont le nom passera à l’histoire alors pourquoi faut-il que les protagonistes de ces fictions soient des émules de Forrest Gump et se tapent le who’s who de leurs contemporains? C’est racoleur, c’est clinquant et ça distrait de l’intrigue principale.

À quoi servent les histoires?

Sous le couvert du divertissement, les histoires souhaitent vous édifier, vous forger le caractère juste un peu en vous montrant une situation morale, un conflit et un résultat. Elles cherchent à vous changer un peu, à vous rendre plus humain en comparant votre comportement à celui des personnages.

Christopher Vogler
The Writer’s Journey: Mythic Structure for Writers

La traduction est de moi.

Lecteur au rapport!

Japanese Architecture: An Exploration of Elements & Forms
par Mira Locher

JapaneseArchitectureEncore un livre sur le Japon? Oui! Je l’avoue: je suis fasciné par l’histoire riche et mouvementée de ce pays ainsi que par ses esthétiques si particulières. Cette fois-ci, c’est l’architecture qui m’intéresse et je suis bien servi par ce livre très bien écrit, à la portée du profane, et magnifiquement illustré avec un foisonnement de photos en couleurs. Et puis, pour être tout à fait honnête, je pensais aussi m’en servir comme référence pour quelques créations dans Minecraft…

The Long Goodbye
par Raymond Chandler

LongGoodbyeC’est le troisième roman de Chandler que je lis, tous mettant en vedette son personnage légendaire de Philip Marlowe, détective privé (à prononcer d’une voix graveleuse). J’avais beaucoup aimé The Big Sleep et Farewell, My Lovely, et je pressens que je vais aussi aimer celui-ci. À noter, malgré son titre en anglais, qu’il s’agit d’une traduction française de l’original, et ce, malgré ma réticence à lire des textes américains par traducteur interposé. Voyez-vous, j’avais juré ne plus jamais m’y laisser prendre après avoir goûté à l’exécrable « adaptation » de The Big Sleep par Boris Vian dont je n’avais pas compris un traître mot. Heureusement, dans le cas de The Long Goodbye, les premières pages m’ont paru encourageantes après lecture en librairie.

J’ai appris que…

Au Japon de l’ère Tokugawa (XVII-XIXe s.), la majorité de la population était classée dans quatre grandes « castes » dont il était impossible de s’échapper: samouraï, paysan, artisan ou marchand, pour les nommer dans l’ordre habituel décroissant d’importance. Or, il existait des gens hors-caste, parmi lesquels se trouvaient les écrivains. Étonnamment, ceux-ci étaient considérés de la même façon que les moines bouddhistes et en avaient même adopté beaucoup des habitudes, telles que la vie en isolement et le pèlerinage .

Et maintenant, vous savez cela aussi.

Source: Charles J. Dunn, Everyday Life in Traditional Japan

Lecteur au rapport!

Japanese Culture
par Paul Varley

JapaneseCultureAprès ma lecture de l’excellent Everyday Life in Traditional Japan de Charles J. Dunn, je craignais que le livre de Varley m’apparaisse sec et doctoral. Mes craintes étaient mal fondées, car je prends autant de plaisir à la lecture de cet ouvrage que j’en ai eu avec le précédent. Ce que Japanese Culture perd en ton naturel, il le reprend largement en profondeur de propos. Mais, malgré la masse considérable d’information supplémentaire, il n’est jamais désagréable. Peu importe le nombre de pages consacrées à la statuaire bouddhiste ou à la poésie de la cour impériale, pas une seule ligne ne donne l’impression d’une besogne dont on se presse de se débarrasser. Pas étonnant donc que cet ouvrage serve de référence pour plusieurs cours sur l’histoire japonaise.

Meurtre dans le boudoir
par Frédéric Lenormand

MeurtreBoudoirAmélie et moi avions été irrémédiablement conquis par La baronne meurt à cinq heures, premier tome de la série historico-policière Voltaire mène l’enquête. Bien que je n’aie eu le temps que de lire le premier chapitre avant de rédiger ceci, je puis d’ores et déjà affirmer que Lenormand n’a rien perdu de sa prose impertinente dans ce deuxième tome. On dirait bien que ma douce moitié et moi allons encore nous battre pour lire le même livre… ou ce serait le cas si je ne l’avait pas distraite avec l’excellent Trafic de reliques d’Ellis Peters que je viens de finir! Héhéhé…

100 mots sur… Firestorm

FirestormOn reproche souvent au cinéma d’action hongkongais de tout miser sur la violence et les belles images léchées; bref, du cinéma superficiel dénué de toute substance. Afin de démentir cette allégation, voici Firestorm. Avec ses personnages aux pulsions conflictuelles, prisonniers d’une intrigue qui les condamne à un échec inévitable, ce film s’élève au-dessus du simple thriller d’action. Parce que tout est mis en place dès le début au coeur des protagonistes pour les faire tomber de haut et nous faire admirer cette chute, on assiste en fait à une tragédie.

Les dix derniers mots: On trouve de l’art dans les endroits les plus inattendus.

100 mots sur… Sleeping Dogs: Definitive Edition

SleepingDogsLes développeurs de jeux vidéo mettent aujourd’hui davantage d’efforts à donner une dimension humaine à leurs personnages, ce qui paraît le plus souvent dans les dialogues. Bien qu’on n’atteigne pas toujours les tréfonds d’un Resident Evil, force est de constater que la bonne volonté des scribes mène plus souvent qu’autrement à un échec: on reste au niveau d’un nanar filmé pour la télé. Ce n’est heureusement pas le cas avec Sleeping Dogs dont les répliques gardent leur fraicheur et leur authenticité grâce à des scénaristes talentueux et des acteurs sérieux.

Les dix derniers mots: Hormis les boutons à presser, c’est comme un bon film.

100 mots sur… Chew, volume 9: Chicken Tenders

Chew09ChickenTendersChicken Tenders poursuit la tradition de l’humour absurde et des retournements outrageusement dramatiques poussés au comique – et c’est là le problème: c’est maintenant une tradition. Excepté l’intrigue qui fait son chemin, John Layman et Rob Guillory font du sur-place, remâchant les mêmes gags à répétition qui avaient fait la fraîcheur des premiers volumes. Chew est un cas d’exception dans le monde du comic book américain – une série indépendante qui dure – mais il faudrait commencer à penser soit à renouveler les mécanismes, soit à conclure avant d’atteindre le fond du baril.

Les dix derniers mots: Vous connaissez déjà la citation: « Soit on meurt en héros… »