100 mots sur… Now Write! Mysteries

NowWriteMysteriesNow Write! Mysteries est un recueil de textes courts par divers auteurs de littérature policière et portant sur divers aspects de l’écriture de récits dans ce genre. En soi, c’est une idée très louable. Cependant, ce que les éditeurs de ce collectif semblent avoir oublié, c’est que ce n’est pas parce que quelqu’un a remporté un certain succès à écrire des oeuvres de fiction qu’il est nécessairement apte à parler de son processus. Un minimum d’élagage nous aurait épargné tout un ramassis de lieux communs et de promotion personnelle éhontée.

Les dix derniers mots: Tumblr offre de l’information plus pertinente et de meilleure qualité.

La réalité des personnages

Un personnage n’est pas plus un être humain que la Vénus de Milo est une vraie femme. Un personnage est une oeuvre d’art, une métaphore pour la nature humaine. Nous entrons en relation avec les personnages comme s’ils étaient réels, mais ils sont supérieurs à la réalité. Leurs aspects sont conçus pour être clairs et connaissables, tandis que nos confrères humains sont difficiles à comprendre, sinon énigmatiques.

Robert McKee
Story: Substance, Structure, Style, and
the Principles of Screenwriting

La traduction est de moi.

100 mots sur… Un café maison

UnCafeMaisonJe reproche à beaucoup d’auteurs de romans policiers de tricher en faisant reposer la clé de l’énigme sur un fait méconnu mais trivial (« Or cette plante ne pousse que dans le Laos méridional! »). S’il suffisait d’ouvrir une encyclopédie pour résoudre l’affaire, la solution serait à la portée du premier venu, nul besoin d’un Hercule Poirot! Que nenni avec Un café maison dont le mystère relève d’un problème de logique, juste assez complexe pour durer jusqu’à la fin, juste assez simple pour vous détester de ne pas l’avoir résolu par vous-même.

Les dix derniers mots: Le meilleur compliment pour une énigme? « Il fallait y penser! »

Lecteur au rapport!

Interactive Storytelling for Video Games
par Josiah Lebowitz et Chris Klug

InterStoryVideoGamesQuel vent de fraîcheur souffle sur mon coin lecture! Que des bons livres cette semaine. Que dis-je? Que d’excellents livres! À commencer par ce manuel d’écriture pour les jeux vidéo qui se révèle tout le contraire de l’épuisant Wonderbook de Jeff Vandermeer. Autant ce dernier était vague, mal structuré et, en conséquent, d’une utilité fort douteuse, autant Interactive Storytelling est clair, bien monté et pratique, non seulement pour ceux qui aspirent à écrire pour un médium interactif mais aussi pour quiconque voudrait acquérir une compréhension plus profonde de la construction d’un récit et de l’engagement émotif d’un joueur/lecteur.

La baronne meurt à cinq heures
par Frédéric Lenormand

BaronneMeurtCinqHeuresVous me pardonnerez l’excès d’exclamations cette semaine mais quel pur délice que ce roman! C’est bien simple: Amélie et moi nous l’arrachons, à savoir qui pourra mettre la main dessus avant l’autre afin de poursuivre sa lecture. Lenormand relève avec brio le défi de planter son histoire dans un cadre historique sans s’embourber dans de longues dissertations qui ne viseraient, au fond, qu’à faire briller ses talents de chercheur (tousse-tousse, L’énigme des Blancs-Manteaux). Mettant en vedette un Voltaire tel qu’on ne l’a jamais vu dans nos cours de littérature, La baronne meurt à cinq heures est une comédie policière qui réjouit autant par son intrigue que par son style, tous deux succulents.

100 mots sur… Story Structure Architect

StoryStructureArchitectSi cet ouvrage était un livre de recettes, il ne contiendrait que des listes d’ingrédients et aucune instruction. En plus de réduire son propos à un simple exercice de répertoire, l’auteure démontre la confusion la plus totale dans ses listes: des genres qui sont en fait des formes, des types de conflits qui se répètent sous plusieurs noms, des structures qui ne sont rien d’autre que des procédés narratifs… et j’en passe! Le bouquet? Deux cent pages de descriptions de « situations dramatiques », une notion subjective et révolue, sans application pratique.

Les dix derniers mots: Une perte de temps pour quiconque est sérieux pour écrire.

100 mots sur… Le dernier amour du président

DernierAmourPresidentDans ce roman, Kourkov s’impose un défi de taille: raconter l’histoire d’un seul protagoniste au fil de trois pistes narratives distinctes situées dans trois temps différents: le passé, le présent et l’avenir. L’intérêt du roman tient du fait que le lecteur ignore comment s’effectuera la transition éventuelle et nécessaire entre ces pistes. Ainsi, la chronologie originale nous dérobe la question « Que va-t-il se passer ensuite? » mais elle nous gratifie en retour d’une question fort plus intéressante: « Comment l’auteur parviendra-t-il à faire un tout homogène et signifiant de ces trois récits? »

Les dix derniers mots: Trois histoires qui finissent par nous en raconter une seule.

100 mots sur… Story Engineering

StoryEngineeringLarry Brooks et moi partageons la même bête noire en ce qui a trait à l’acte d’écriture: la croyance que la création littéraire est une communion avec la Muse, un mystère dont seuls les initiés peuvent bénéficier. Bref, l’inspiration est un don; hors d’être « béni », point de salut! Au contraire, Brooks est du parti que, plutôt d’espérer tomber en état de grâce devant la feuille blanche, il suffit d’appliquer une méthode rigoureuse et efficace pour obtenir un résultat . Écrire tient d’un savoir-faire artisanal qu’il est possible d’apprendre et de maîtriser.

Les dix derniers mots: Le secret d’une bonne histoire, c’est la transpiration, pas l’inspiration.

Lecteur au rapport!

L’énigme des Blancs-Manteaux par Jean-François Parot

EnigmeBlancsManteauxPremier roman de la série des Nicolas Le Floch, L’énigme des Blancs-Manteaux raconte la première affaire du jeune commissaire du Châtelet alors qu’il doit enquêter sur la disparition d’un collègue dans le Paris tumultueux des Lumières. Les références historiques abondent dans ce polar au rythme lent mais assuré, sans toutefois rebuter les lecteurs qui n’étaient pas férus de retenir les dates à l’école. J’en suis à la moitié du livre mais je prévois poursuivre la série dont l’auteur m’apparaît à la fois habile et cultivé.

Wonderbook par Jeff Vandermeer

Wonderbook_Case_r2.inddTant de déception… J’avais pourtant commencé ma lecture de façon si enthousiaste. Dans son introduction l’auteur semblait promettre une toute nouvelle approche à la création littéraire, plus intuitive et mieux adaptée au contexte particulier des littératures de l’imaginaire. Hélas! Après un prologue encourageant, il commet LA faute cardinale à mes yeux: traiter l’écriture comme l’apanage d’êtres spéciaux, bénis entre tous les autres humains. Je lui donne encore deux chapitres pour se racheter…