Statut de la pile

HeroWithAThousandFacesThe Hero With a Thousand Faces par Joseph Campbell – Comme je l’ai prédit il y a une semaine, je n’ai pas poursuivi la lecture de cet ouvrage. Cependant, je commence officiellement demain mes vacances. Voici donc venu le moment idéal pour m’atteler à la tâche ingrate de traverser d’un bout à l’autre les réflexions psychanalytiques de M. Campbell, et ce, au pas de course.

ninja1000yotswNinja: 1,000 years of the Shadow Warrior par John Man – L’auteur semble s’être confiné à un développement plus chronologique maintenant alors le livre reprend conséquemment un peu de structure. On approche de ma période fétiche de l’histoire du Japon, l’ère des Tokugawa, alors je poursuis ma lecture avec une touche de plus d’ardeur.

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TAG par Ghislain Taschereau – J’ai essayé le truc de lire ce roman comme si c’était intentionnellement comique et je suis désolé: ça ne fonctionne pas. Je ne peux pas admettre qu’on puisse vouer autant de mots à la philo-pop style ado sur LiveJournal sans se prendre le moindrement au sérieux. Sinon – et ce serait là un coup de génie – ce livre est une entreprise de satire monumentale qui rivalise avec les Jonathan Swift et les Ambrose Bierce de la littérature. Oui, j’ai encore de l’espoir.

DungeonMastersGuideDungeon Master’s Guide par Jeremy Crawford, Christopher Perkins et James Wyatt – Ça a été une semaine plutôt chargée alors je n’ai pas consacré autant de temps que je l’aurais souhaité à la lecture. C’est mon progrès dans ce livre qui en a pâti le plus et c’est bien dommage parce qu’il s’avère encore plus intéressant que je ne l’aurais cru. Comme le montre la citation que j’en ai tirée cette semaine, le nouveau Dungeon Master Guide exprime un souci véritable d’enseigner aux aspirants Maîtres de Donjons comment raconter une histoire. Il y a peut-être un billet à écrire là-dessus…

InfopresseVol30No3Infopresse vol. 3 #3 – Le premier numéro de notre abonnement à Infopresse est enfin arrivé au bureau. Je me suis empressé de l’accaparer avec promesse de le rendre dans une semaine; ne vous attendez donc pas à revoir ceci dans le prochain Statut de la pile. Jusqu’à maintenant, le contenu a porté sur des soucis publicitaires, mais j’espère un peu de design d’ici la dernière page, question de justifier la dépense!

Gare à la fausse action

Lors de la construction d’un récit, prenez garde à la « fausse action » ou l’action pour le seul bénéfice de l’action. La fausse action ne fait pas progresser l’histoire, elle n’implique pas les personnages et ne les pousse pas à changer. Beaucoup de films d’action souffrent de fausse action; les poursuites automobiles, les combats d’armes à feu et les explosions abondent mais ne font rien de plus que d’importuner les personnages et éventuellement d’ennuyer les spectateurs avec leur répétition et leur manque d’enjeux significatifs.

– Dungeon Master’s Guide, 5e édition

Ce livre se révèle une surprenante leçon d’écriture…

J’ai appris que…

La langue latine est en train de faire un retour! Intérêt recrudescent chez la gente estudiantine de Rome, covers latin de Pink Floyd, version latine de Facebook – même le pape a son compte Twitter en latin! Si vous avez déjà eu un intérêt pour cette langue ancêtre de notre français moderne, c’est le moment ou jamais de faire partie du mouvement. Pas trop certain de comment aborder le défi? Faites comme tous les débutants en langues étrangères et allez sur Google Translate: il y a maintenant une option pour vous faire sonner comme un César. Latina lingua revenit!

Et maintenant, vous savez cela aussi.

Source: NBC news

100 mots sur… The Hybrid

TheHybridJ’ai été agréablement surpris par la qualité de la réalisation et des interprétations de The Hybrid (titre original: Scintilla). Par contre, le scénario laissait beaucoup à désirer côté dialogue, développement des personnages et intrigue. Ce qui coule particulièrement l’histoire, c’est le manque de but précis pour le protagoniste. Mercenaire de profession, son objectif à l’intérieur du récit est évident, mais son but en tant que personnage dans une histoire est manquant. Ainsi, malgré la réalisation compétente, le film s’embourbe et nous ennuie parce qu’il ne dispose d’aucune ligne narratrice claire.

Les dix derniers mots: Ce type aimait vraiment beaucoup les sandwichs aux viandes froides.

100 mots sur… The Raven

TheRavenThe Raven me ferait presque donner raison à Blake Snyder: impossible d’aimer le protagoniste au début alors blocage. Par contre, au fil du film, on se rend compte que le problème n’est pas que Poe nous est antipathique, mais plutôt qu’il est foutrement monotone. Il demeure arrogant et puéril du début jusqu’à la fin sans aucune évolution. En fait non, il dévolue plutôt; il perd des traits. Son alcoolisme, péniblement établi dès les premières minutes, est omis par la suite. C’est une belle occasion ratée de faire grandir le personnage.

Les dix derniers mots: Save the Cat! peut donc toujours aller se faire voir.

Nouvelle page: Les projets

S’il est vrai qu’à l’impossible nul n’est tenu, il en va de même aussi de tout ce qui demeure non dit.

C’est pourquoi j’ai décidé de créer une nouvelle page intitulée Les projets. Non seulement ça vous permettra d’avoir un aperçu des textes en réserve, mais surtout ça me forcera à produire du contenu régulièrement pour le blogue. Voyez-vous, j’ai tendance à laisser les choses en plan quand mes idées n’engagent que moi. Par contre, en les rendant publiques, je crée une sorte de pression sociale qui, je l’espère, me forcera à leur donner vie.

N’hésitez donc pas: si vous voyez que je ne respecte pas mes engagements ou que je traîne de la patte pour certains projets, engueulez-moi dans les commentaires de la page!

Statut de la pile

HeroWithAThousandFacesThe Hero With a Thousand Faces par Joseph CampbellAucun progrès cette dernière semaine encore et puis zut. À vrai dire, j’ai complètement abandonné l’idée de lire ce livre avant de tomber en vacances. Je veux pouvoir m’enfermer et m’acharner dessus avec toute l’énergie du désespoir et un bon café.

AllAboutHistory018All About History #18 – Ça avance tranquillement. Je ne suis pas encore tombé dans les grands articles de fonds qui composent le coeur de la revue mais je m’attends à le faire au courant de la semaine. Avant, je lisais mes revues beaucoup plus rapidement que ça mais je n’avais pas de blogue non plus pour m’occuper.

ninja1000yotswNinja: 1,000 years of the Shadow Warrior par John Man – Je suis déjà déçu et je n’en suis même pas encore à la moitié. C’est écrit de façon très brouillonne avec un style inégal qui passe de la docte dissertation au récit de voyage à la réflexion comique sans crier gare. Qu’on le veuille ou non, le manque de discipline stylistique de l’auteur me porte à moins prêter foi à son propos.

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TAG par Ghislain Taschereau – Ouf. J’ai encore hâte de vous en parler mais pour les même raisons que j’avais hâte de vous parler de The Monogram Murders. C’est lourd et sur-écrit. Amélie, la femme de ma vie, m’a proposé d’essayer de le lire comme si le ton était comique. Je vais suivre son conseil et on s’en reparle dans une semaine…

DungeonMastersGuideDungeon Master’s Guide par Jeremy Crawford, Christopher Perkins et James Wyatt – Eh oui! J’ai enfin terminé le Monster Manual, ce qui m’a permis de me récompenser avec le troisième et dernier volume de la trilogie de base de Dungeons & Dragons. La nouvelle édition de ce guide me semble particulièrement intrigante puisqu’elle porte une attention particulière aux techniques de narration et de construction de récit dans le cadre d’un jeu de rôle. Je suis ravi de constater qu’on a fait autant de place dans le livre pour le rôle de conteur du Maître de Donjon que pour celui d’arbitre des règles.

Critique: The Monogram Murders

Le nouveau Poirot fait patate

MoongramMurdersThe Monogram Murders
par Sophie Hannah
Publié par William Morrow en 2014
352 pages
ISBN: 9780062297211

Dame Agatha Christie s’est éteinte en 1976 en nous laissant une oeuvre d’une finesse remarquable. Sa création sans doute la plus célèbre, Hercule Poirot, a mené l’enquête dans près d’une centaine de récits de diverses formes, la dernière fois un an avant la mort de l’auteure. Presque quatre décennies se sont écoulées depuis et jamais la succession Christie n’a permis qu’un nouveau scribe mette l’illustre Belge en scène, et ce, malgré les nombreuses demandes qu’ils ont reçues.

Or, voilà que l’auteure Sophie Hannah a fini par décrocher ce privilège tant convoité. Ça a donné The Monogram Murders, paru en septembre de cette année. LA question sur toutes les lèvres: est-ce que c’est un bon Poirot? Grâce au sous-titre que j’ai donné à cette critique, vous vous doutez déjà de la réponse.

Et c’est pas un roman policier extraordinaire non plus. Pour commencer, la narration pose un problème.

The Monogram Murders utilise un narrateur interne dans la personne d’Edward Catchpool, enquêteur à Scotland Yard et ami de Poirot. C’est à travers ses yeux que nous parvient le récit du roman. Or, il arrive souvent, tout au long du livre, que l’auteure nous présente des scènes en l’absence de Catchpool. Et ce ne sont pas de courts apartés reconstitués à partir d’un rapport fait après-coup. Non, ce sont de longs interrogatoires menés par Poirot, complets jusque dans les moindres détails des pensées du Belge et du verbatim de l’échange.

Certes, dès le chapitre 2, Sophie Hannah fait dire à Catchpool qu’il écrit son récit avec l’aide de Poirot, excusant ainsi en partie les libertés qu’elle prend avec le point de vue narratif. Cependant, j’ai beaucoup de mal à croire que Poirot ait fait un rapport si complet à Catchpool que ce dernier a été en mesure de reproduire fidèlement tous les détails des entretiens qu’il a ratés.

(Je passe outre le cliché éculé du narrateur qui couche son récit sur papier afin de s’en exorciser.)

Le cliché du narrateur qui couche son récit sur papier afin de s’en exorciser

Et c’est là le coeur du problème: Sophie Hannah n’est jamais fixée sur l’emploi d’un narrateur omniscient ou d’un narrateur interne. Elle voudrait utiliser le ressort du narrateur interne comme Agatha Christie l’a fait régulièrement (avec le personnage de Hastings, par exemple) mais, en même temps, elle refuse de compromettre sur la quantité des détails fournis au lecteur.

Agatha Christie avait compris que l’incertitude du narrateur offrait un outil de plus pour enrichir le mystère central à l’intrigue. C’est d’ailleurs là l’essence même de la surprise finale dans The Murder of Roger Ackroyd. Le lecteur reçoit un compte rendu de l’affaire circonscrit par les perceptions et les réflexions limitées du narrateur. De cette façon, ce dernier devient un substitut du lecteur dans le déroulement de l’enquête à laquelle il est invité à participer.

Au contraire, Hannah fait de Catchpool un intime de tous les progrès de Poirot, au prix de la vraisemblance de la narration et de la complexité de l’intrigue. C’est comme si le rôle de protagoniste glissait de Poirot à Catchpool, tant Hannah s’obstine à en faire un personnage indispensable au récit.

Ce qui me mène au second problème de The Monogram Murders: le glissement de genre.

Le genre de l’énigme policière dans lequel s’inscrit la majeure partie de l’oeuvre d’Agatha Christie, voire la totalité du corpus Poirot, est caractérisé par quelques principes élémentaires:

  • Un meurtre à élucider,
  • Un détective perspicace, et
  • Un dévoilement progressif d’indices, menant à
  • Une résolution surprenante et ingénieuse.

Tous ces éléments font appel  aux facultés cérébrales du lecteur plus qu’à une réponse émotive de sa part. Ainsi, l’énigme policière privilégie un style de narration descriptif et neutre, provenant d’un narrateur interne impliqué dans l’enquête mais effacé sur le plan fonctionnel de l’intrigue. En d’autres mots, il est justifié qu’il soit au courant des détails de l’investigation mais son point de vue n’est pas troublé par une implication émotionnelle dans l’action.

C’est tout autre chose quand on a affaire au genre du thriller qui met plutôt en scène des personnages dont les enjeux émotifs dans le crime commis constitue le coeur même de l’intrigue. Par exemple, si le héros d’une énigme policière doit trouver le coupable d’un meurtre sordide, le héros de thriller, quant à lui, doit capturer le meurtrier avant d’être sa prochaine victime! Ainsi, l’auteur, plutôt que de faire réfléchir le lecteur aux côtés de son protagoniste, cherche en fait à lui faire ressentir les mêmes remous sur le plan des émotions: peur, excitation, et ainsi de suite.

L’état psychologique du narrateur n’affecte en rien les déductions du lecteur

Or, Sophie Hannah, toute rompue aux thrillers psychologiques qu’elle est, prête à Catchpool un passé ténébreux qui vient le hanter régulièrement au fil du récit. Non seulement ce ressort typique du thriller détonne violemment avec le style habituel des histoires de Poirot, mais en plus il n’apporte rien à l’intrigue. En tant que narrateur d’une énigme policière, Catchpool est un simple mécanisme de transmission des données du puzzle. Son état psychologique n’affecte en rien les déductions de Poirot ni celles du lecteur. Tout le mal que se donne l’auteure pour affubler son narrateur d’une biographie tragique s’avère futile; le meurtrier finirait derrière les barreaux avec ou sans ses déchirements intérieurs.

(Soit dit en passant, la finale est plutôt décevante. Normalement, au dévoilement de la solution d’un Poirot, on fait: « Ah ben oui, c’est clair. J’aurais dû y penser. » Au terme du roman de Sophie Hannah c’est plutôt: « Oui, mais comment… et pourquoi… je… vraiment? »)

Au final, The Monogram Murders apparaît comme un pastiche médiocre: on y retrouve tous les dehors stylistiques d’une histoire d’Hercule Poirot sans la subtilité fine des ressorts utilisés par l’auteure originale. Imiter les formes sans comprendre l’essence, c’est la définition même de la fan fiction.

J’ai appris que…

L’inventeur du cerf-volant, un philosophe chinois du nom de Mozi, a aussi conçu des machines de siège. Le créateur du Slinky était un ingénieur naval. Quant à l’inventeur du cube Rubik, il était professeur d’architecture. On jurerait que ces trois hommes, qui exerçaient des professions très « adultes », avaient tant besoin de s’évader qu’ils ont fini par vouer leur compétences « sérieuses » au but très louable d’amuser les enfants.

Et maintenant, vous savez cela aussi.

Source: All About History #18